Tanaguru - L'accessibilité numérique, simplement

A quand le numérique pour tous ?

Temps de lecture : 4 minutes

L’accessibilité ne concerne pas uniquement la mobilité et l’évolution dans l’environnement « physique ». L’espace numérique peut aussi se révéler discriminant. Afin d’être cohérents dans notre volonté de société inclusive, nous avons fait le choix de proposer un site internet adapté aux différents types de handicap.

Construire une société inclusive, c’est aussi penser l’ensemble des outils du quotidien accessibles. Pourtant, aujourd’hui, à l’heure du numérique, naviguer sur internet peut se révéler être un réel casse-tête pour certaines personnes. Entretien avec Julie Moynat, consultante en accessibilité web chez Océane Consulting.

 

Que signifie « accessibilité numérique » ?

« L’accessibilité numérique est la possibilité d’accès et d’utilisation des ressources numériques pour les personnes en situation de handicap. C’est très vaste car cela concerne les télévisions, les téléphones mobiles, les ordinateurs, les logiciels, etc. 

Afin que les personnes en situation de handicap puissent accéder aux ressources numériques, elles vont souvent utiliser ce qu’on appelle des technologies d’assistance (lecteur d’écran, plage braille, etc.). Ce sont des outils d’aide technique qui interprètent ce qui se trouve à l’écran et le restituent sous différentes formes (vocal, braille, etc.). Il y a un certain nombre de règles à respecter pour que les sites web soient compatibles avec ces technologies d’assistance, tout comme ils doivent être compatibles avec les différents navigateurs web. »

 

Quels sont les aspects sur lesquels vous portez une attention particulière pour rendre un site accessible ?

« Pour rendre un site accessible, en France, on s’appuie sur le référentiel RGAA qui a été élaboré par des expert·e·s en accessibilité web à partir de la norme internationale WCAG (« Web Content Accessibility Guidelines », en français « Règles d’accessibilité pour les contenus web »). Il permet, entre autres, de porter une attention particulière aux éléments suivants :

  • La perception : les images et les vidéos porteuses d’information doivent avoir des alternatives – alternatives textuelles pour les images, sous-titres et transcription textuelle pour les vidéos – afin que les personnes aveugles et les personnes sourdes puissent avoir accès à l’information ; le texte doit avoir une couleur suffisamment contrastée avec sa couleur de fond pour que les personnes malvoyantes puissent bien le lire
  • L’utilisabilité : les fonctionnalités du site web doivent pouvoir fonctionner aussi bien à la souris qu’au clavier pour que les personnes qui ne peuvent pas utiliser de souris puissent naviguer ; les contenus en mouvement doivent pouvoir être arrêtés pour que les personnes avec un handicap cognitif ou mental puissent lire le contenu
  • La compréhension : les formulaires doivent fournir suffisamment d’aides aux utilisateurs et utilisatrices pour qu’ils puissent être remplis en évitant au maximum les erreurs de saisie et en permettant de les corriger facilement s’il y en a ; le contenu textuel doit être lisible et compréhensible en explicitant les abréviations ou le jargon
  • La robustesse : le respect des standards HTML (le langage qui permet de structurer une page web) est nécessaire afin de produire un code robuste qui fonctionne avec tous les outils utilisés pour naviguer sur le web

Cette liste est loin d’être exhaustive, elle est basée sur les quatre grands principes de l’accessibilité. »

 

Existe-t-il des outils utilisables par n’importe qui pour veiller à l’accessibilité d’un site ?

« Il existe effectivement de nombreux outils, sous différentes formes, pour aider à vérifier l’accessibilité d’un site. Les outils de tests automatisés sont souvent les plus prisés car c’est plus facile quand c’est automatique. Il existe notamment l’outil Tanaguru qui se base sur le RGAA (disponible en version payante ou en open-source à installer soi-même sur un serveur). En renseignant l’adresse d’un site, il fournit des résultats de tests avec les éléments en erreur. Bien sûr, comme tous les outils de tests automatiques, il ne peut pas tout tester. Mais, avoir tout bon dans cet outil permet déjà d’être sur la bonne voie.

Il existe aussi des extensions navigateurs pour réaliser des tests automatiques comme Wave, axe et depuis peu, nous avons commencé à réaliser notre propre extension Firefox « Tanaguru » (qui est actuellement en version de développement uniquement).

Certains outils sont plus spécifiques. Par exemple :

  • On peut vérifier la hiérarchie des titres avec l’extension navigateur HeadingsMap (Firefox et Chrome).
  • On peut vérifier les contrastes de couleur de texte par rapport au fond avec le logiciel pour Windows et Mac « Colour Contrast Analyser».
  • Quant au respect des standards HTML, on peut vérifier facilement qu’une page web ne contient pas d’erreur avec le validateur de code « Nu HTML Checker».

On conseillera toujours, si possible, de se faire accompagner par un·e expert·e en accessibilité web car, notamment, certains tests demandent de vérifier la pertinence d’éléments. Sans être formé, c’est souvent très délicat de pouvoir en juger. »

Y a-t-il encore beaucoup de site non-accessibles aujourd’hui ?

« On ne peut pas estimer la part de sites accessibles par rapport aux sites non accessibles. Cette donnée n’existe pas. De plus, avant tout, il faut s’entendre sur ce qu’on veut dire par « site accessible ». Généralement, on parlera plutôt de conformité selon un référentiel ; par exemple, un site conforme au niveau légal d’accessibilité en France sera conforme selon le RGAA au niveau AA. 

À l’heure actuelle, il existe malheureusement assez peu de sites web, par rapport au volume global, qui sont conformes au RGAA au niveau AA légal. Il existe même encore de nombreux sites de services publics qui posent de vrais problèmes d’accessibilité malgré l’obligation depuis la loi n°2005-102 pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées.

Le principal problème est finalement que, par méconnaissance, une grande partie des gens pensent généralement seulement à leur situation personnelle de personne qui voit bien et utilise une souris. Pourtant, il existe une multitude de façons d’utiliser un ordinateur et de naviguer sur le web.«